Ceuta : l’Espagne ou l’honneur de l’Europe

Barbelés

Fin juillet dernier, des dizaines de milliers de personnes ont tenté de rejoindre l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc. Depuis, beaucoup sont reparties, mais plusieurs milliers y sont encore présentes. Des campements de fortune se sont installés sur les plages, les structures d’accueil ont été saturées et des dizaines de personnes ont perdu la vie en tentant la traversée.

Face à cette situation, l’Espagne fait ce qu’un État européen devrait faire : contrôler sa frontière, mais dans le même temps prendre en charge le plus dignement possible ceux qui sont arrivés.

C’est ainsi que les autorités espagnoles ont évacué le campement de la plage du Trampolín, puis annoncé la création d’un nouveau centre d’hébergement et, dans le même temps, préparent le transfert vers la péninsule d’environ 500 mineures isolées particulièrement vulnérables.

Dans les évènements de cet été, L’Espagne ne fait pas face à une crise migratoire. Elle fait face à une politique européenne qui, depuis trop longtemps, a glissé et s’est progressivement calée sur l’agenda de l’extrême droite.

Le nouveau Pacte européen sur la migration, adopté en juin, renforce les contrôles aux frontières, accélère les procédures et donne une place centrale aux retours. Comme si cela allait freiner quelque traversée que ce soit. Comme si cela allait éviter les drames quotidiens de la Méditerranée, de la Manche ou des Balkans.

Le sujet n’est pas que l’Europe veuille contrôler ses frontières. Le problème est qu’elle ne semble plus considérer la migration que sous l’angle du contrôle et de l’éloignement. Comme si la seule question politique était devenue : comment empêcher les migrants d’entrer ?

Ainsi, à propos de Ceuta, Bruxelles intervient pour demander à Madrid de procéder au retour des personnes entrées irrégulièrement. Cette injonction a le mérite d’être claire. Elle a aussi et surtout le mérite de montrer que le Gouvernement espagnol ne plie pas et met en œuvre la politique qu’il entend mener : si Madrid ne dit pas que toutes les personnes arrivées à Ceuta doivent pouvoir rester en Espagne, elle entend ne pas renoncer à son humanité. Un enfant ne devient pas moins vulnérable parce qu’il a franchi une frontière sans autorisation.

C’est donc bien l’Espagne qui, aujourd’hui, se retrouve, presque seule, à défendre une certaine idée de l’Europe… contre l’Europe elle-même. À Bruxelles et dans quantité de pays de l’Union, l’extrême droite n’a même pas besoin de gouverner pour imposer ses thèmes et ses choix : les partis au pouvoir, prétendument modérés, adoptent ses mots, ses peurs et sa politique.

A Ceuta, l’Europe aurait pu répondre aux évènements par davantage de solidarité entre États, davantage de capacités d’accueil et une politique commune organisée. Au lieu de cela, elle a choisi la fermeté, la fermeture, dans un esprit de forteresse aussi vain qu’inhumain.

L’Espagne, elle, décide d’accueillir celles et ceux qu’elle souhaite protéger.

Et ce n’est pas la première fois : en 2005, au rebours de ses voisins, le gouvernement Zapatero avait régularisé près de 600 000 travailleurs sans papiers. En 2026, par fraternité autant que par pragmatisme, le gouvernement Sánchez a lui aussi lancé une nouvelle vague de régularisations de travailleurs qui vont maintenant pouvoir contribuer à la richesse du pays. Tout cela n’est ni naïf ni une idée de « no border », c’est la politique européenne telle qu’elle devrait être a minima.

Oui, aujourd’hui, l’Espagne est l’honneur de l’Europe.